Gérard CARTA, peintre à Denain - par François Almaleh A ceux qui liront ces quelques lignes jusqu’à la fin de cette présentation de Gérard Carta, auront vraiment le sentiment d’être dans l’univers d’un artiste exceptionnel, dont l’oeuvre peinte et écrite est le seul fil conducteur de sa modeste vie, où le lucre et l’ego sont absents de son quotidien. Ces lignes ne sont pas l’oeuvre d’un quelconque critique d’art qui voudrait plus se faire plaisir sur une composition littéraire bien tournée et savante mais celles d’un amateur de peinture qui tente de décrire l’oeuvre de l’artiste, d’un artiste peut être comme beaucoup d’autres, mais profondément différent à beaucoup d’égards que nous allons détailler sans parti pris. Là où l’art contemporain, moderne, post-moderne, post-contemporain... est bien loin des compositions savantes, recherchées, pigmentées... des primitifs flamands, des maitres allemands ou des artistes de la Renaissance française ou italienne, nous avons Gérard Carta, qui perpétue cette tradition de la préparation du tableau, de la peinture, de la toile, du cadre qui entoure et habille l’oeuvre peinte... Son origine familiale mi-italienne, mi-flamande, sont indirectement des sources d’inspiration, qu’il revendique aussi grace à sa modeste mais précieuse bibliothèque de livres d’art. Gérard Carta fait partie de ces artistes régionaux, qui n’ont pas encore (pu) s’ouvrir à des expositions de plus grande envergure autres que celles des communes environnantes de Denain, qui sont néanmoins son premier tremplin. La qualification d’artiste régional est volontaire de par son inspiration classique et flamande. Le qualificatif « régional » ne signifie par qu’il soit un artiste local et forcément cantonné à un périmètre étroit. Sa peinture n’est vue que localement pour l’instant ; elle sera plus étendue dans les années qui viennent. Les éloges recus de l'artiste en permanence par tous sont un tremplin. Gérard Carta est peut être peintre parmi tant d’autres, mais qui ne vit que par la peinture, et également l’écrit ; l’activité manuelle de l’artiste sur la toile, une plume à la main qui remplit des pages d’écritures (des contes et nouvelles principalement), ou un pinceau entre les doigts sont indissociables. De nombreux tableaux ont été peints pour servir d’illustration à ses contes et nouvelles, à moins que ce ne soit l'inverse, ou à vrai dire l'un et l'autre, l'un pour l'autre. En admirant une oeuvre de Gérard Carta, nous avons la vraie satisfaction de regarder une oeuvre d’art, dans son sens le plus noble. L’oeil se repose sur des compositions douces et unies, où les détails de la peinture sont multiples et rendent encore plus intense la profondeur du regard du tableau. Pour ceux qui comprennent que l’oeuvre d’art peut être (doit être) autre chose qu’une marchandise, qu’une valeur marchande comme n’importe quel autre bien de cette époque tant critiquée par certains sur son côté mondialiste, alors on peut se laisser prendre, non forcément par des rêves mais par le regard qui comprend, par le regard qui a la satisfaction de porter son attention sur des tableaux créés par la profondeur de l’artiste, et des tableaux qui nous forcent à les pénétrer car ils ont une histoire à nous conter. Gérard Carta n’est pas un peintre du « loisir », même si certains peuvent trouver cela péjoratif. C’est toute l’année qu’il produit, à un rythme impressionnant, d’abord l’idée, puis le dessin préparatoire, et enfin la peinture puis le cadre. Nous le disions, la peinture (et l’écrit) c’est sa vie. Il serait un Van Gogh, vivant dans une maison modeste à laquelle il est très attaché, sain de corps et d’esprit (nous précisons cela eu égard à la référence marquée de Van Gogh), passionné par raconter ses tableaux, passionné par communiquer avec son public, à son public, celui qui vient le voir, surement aujourd’hui trop peu nombreux, et il le regrette, mais sans moyens véritables, dans une époque focalisée sur le profit, la productivité, et l’efficacité, rien n’est facile. Les marchands d’art, les mécènes... sont trop mercantiles et vénaux. Gérard Carta n’ira pas à la rencontre des autres pour le plaisir de se faire connaitre. Les autres vont vers l'artiste, pas l'inverse. Il n'est pas question de savoir ici qui a raison : c'est ainsi que l'impose l'artiste, sans parole, sans théorie, uniquement par sa simple envie d'exposer aux autres les oeuvre. Cet homme charmant est à la fois d’un contact facile, et aussi réservé, avec qui il est agréable de parler peinture, très simplement, parce qu’il faut prendre l’artiste tel qu’il est, et ne pas chercher plus que ce qu’il nous propose, une peinture inventive, colorée, ordonnée, et d’une grande qualité picturale. Elle évolue dans le temps, et certains aimeront tels tableaux et moins tels autres. Cela est normal : chaque artiste a sa période dans laquelle son art est à son apogée. Revenons
sur chacune des étapes du travail de l’artiste. En premier
lieu, et cela pourrait représenter des pages entières,
ce sont les idées, les univers dans lesquels il nous plonge,
et parfois très différents les uns des autres, annihilant
presque la notion parfois linéaire ou historique du travail de
l’artiste, dont nous pourrions pour la majorité d’entre
eux dater les oeuvres par rapport aux premières ou dernières
compositions. De
l’idée au tableau, Gérard Carta ne met pas un «
pinceau à la queue d’un âne » pour exécuter
et maitriser son talent. Il crayonne sa toile blanche marouflée
sur un support en bois assez épais et lourd. Son trait est aussi
net que précis, sans retouche, d’une main aussi habile
que celle d’un chirurgien. Un tableau crayonné de Gérard
Carta, avant que la couleur ne soit appliquée, est là
aussi une oeuvre à part entière, comme les sanguines de
Vinci, de Durer, de Boticelli... Ce n’est pas par admiration aveugle
et passionnée que nous affirmons que le travail préparatoire
est édifiant : toute l’oeuvre y est, et finalement peu
de retouches entre le dessin et le tableau fini. Il suffirait simplement
de remplir avec des couleurs le travail préparatoire pour obtenir
un tableau. Enfin, le dernier point que nous voulons présenter pour finir l’oeuvre graphique de Gérard Carta, ce sont les cadres qu’il fabrique. Rien de fantaisiste, mais des cadres masssifs, en relief, mettant en valeur les tableaux, et des cadres d’inspiration flamande. Le cadre renforce le tableau, et l’admiration peut être d’autant plus grande que l’artiste avoue humblement qu’il s’agit de bois de récupération. Mais agencés entre ses mains, ces bois noirs, dorés, naturels, prennent toute leur valeur, et leur noblesse par des patines qu’il applique. Le
travail de cet artiste est double, nous l’avons vu : Gérard
Carta est artiste-peintre, et écrivain. Il écrit pour
lui, pour des tableaux, pour les deux, pour trouver une idée
et passer de l’écrit à la couleur. Son écriture
est fine, avec des ratures parfois montrant la volonté de bien
faire, de bien penser son oeuvre. L’univers de ses écrits,
c’est bien sur le monde imaginaire, mais plus sous forme de conte,
de fable, de morale. Aucune agressivité, bien loin de la le caractère
de Gérard Carta. Ses manuscrits, ses feuillets innombrables qui
couvrent son chevalet, sont écrits à la plume. Il s’agit
pour lui d’un plaisir aussi grand que de tenir un pinceau, et
l’on peut comprendre qu’il s’applique autant à
créer ses histoires qu’à mettre en forme et en couleurs
ses oeuvres peintes. |